« Massif Central » de Christian Oster

C’est une constante chez Christian Oster. Comme « si ses héros travaillaient à la disparition de soi » (Christian Garcin), il est souvent question dans ses romans d’un homme seul qui largue les amarres pour fuir une femme ou une situation.

Les personnages de Christian Oster visent à disparaître pour ainsi dire « dans le paysage », sans qu’il leur soit jamais possible de le faire, parce qu’ils sont toujours retrouvés par un vieil ami, une inconnue ou un ennemi. Dans une musique très Modianesque, la fuite du héros Osterien s’organise entre Paris et la province, sans qu’il lui soit plus facile de se perdre dans la capitale que dans les champs ou un hôtel perdu loin des départementales.

Dans son dernier roman, « Massif Central », Paul quitte la femme qu’il a ravi à Carl Denver, dont il pressent qu’il va chercher à se venger de lui à double titre : la captation de sa femme puis son abandon.

Récit d’une fuite de Paris pour aller aléatoirement dans le Limousin chez de vieilles connaissances, cette échappée prend des allures de polar. Partout des signes de la présence de Carl Denver affleurent. Paranoïa ou réalité ? Denver ne serait-il pas le double négatif et violent de Paul (son envers) ? ou existe-t-il vraiment ? C’est à cette quête du vide et à la fascination métaphysique d’une solution pour le faire cesser qu’on assiste dès lors.

Si au départ, Paul préfère l’errance, le déplacement d’un ami à l’autre, il se résoudra à simplement, attendre. On n’échappe pas à son destin, ne fut-il qu’imperceptiblement menaçant.

Fatalement, Paul rencontrera une autre femme, fatalement, il ne verra pas qu’elle est sa chance. Fatalement les peurs de Paul se concrétiseront comme elles le font toujours quand on en est obsédé.

Un roman dans lequel on retrouve avec plaisir la trace des précédents, avec ce plaisir ineffable de la fuite du temps que l’on s’autorise trop rarement à perdre dans la lecture.

Danièle Pétrès

Massif Central de Christian Oster (Editions de l’Olivier, mars 2018).

Extrait : Cette fois-ci, « Je ne dis pas que Carl Denver avait l’intention de me tuer. Je dis que de mon côté il s’agissait plutôt d’une crainte diffuse, née de la connaissance que j’avais de Carl Denver et du passé de notre relation. »

Résumé : entre Paul et Carl Denver, il y a Maud. La femme que Paul a prise à Denver, et qu’il vient de quitter. Trahison et désamour, une double faute que Denver, un personnage apparemment incontrôlable, semble prêt à lui faire expier. Sous cette menace diffuse, Paul se réfugie dans le centre de la France. Mais la suite le conforte dans l’idée qu’il ne pourra pas échapper à Denver.

Christian Oster est né en 1949. Outre de nombreux livres destinés aux enfants (l’Ecole des loisirs), il a publié une vingtaine de romans. Prix Médicis 1999 pour Mon grand appartement, adapté au cinéma par Claude Berri, il est l’auteur de 14 livres aux éditions de Minuit, dont Loin d’Odile (1998), Une femme de ménage (2001), Trois hommes seuls (2008), Dans la cathédrale (2010). Aux Éditions de l’Olivier, ont paru En ville (Prix Landerneau 2013), Le Cœur du problème (2015) et La Vie automatique (2017). Dans son dernier roman, Massif central, on retrouve le « surprenant dosage de suspense et d’hilarité » qui lui est propre.

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