« Place aux nouvelles », l’un des deux festivals de la nouvelle en France

Le festival Place aux nouvelles, créé par Jacques Griffault, s’efforce depuis une dizaine d’années de sensibiliser le grand public à la nouvelle et de faire se rencontrer auteurs et lecteurs de France et d’ailleurs autour de ce genre méconnu par rapport au roman. Il aura lieu cette année encore les 8 et 9 septembre à Lauzerte, près de Montauban.

Ce festival presque entièrement associatif ne bénéficie que de quelques subventions et du concours actif de la médiathèque de Lauzerte. Jacques Griffault, ancien propriétaire de la librairie Le Scribe à Montauban a transmis le flambeau à Hervé Couton qui en assure la présidence. Remarquablement pensé, de nombreuses rencontres sont organisées, ainsi que des ateliers d’écriture et des lectures.

Les auteurs, chouchoutés, répondent toujours à l’appel de ce festival où il fait bon passer 2 jours en compagnie de lecteurs attentifs, passionnés, revenant d’une année sur l’autre pour découvrir l’opus de leur écrivain préféré. Lauzerte, en Quercy, est un petit village perché totalement préservé qui se trouve sur le chemin de Compostelle. Une halte à ne pas manquer au retour des vacances, ou sac à dos, sur la route… Ou si vous êtes lecteur de nouvelles, l’unique occasion de rencontrer une partie représentative des auteurs et des éditeurs de nouvelles actuels !

L’Inventoire : Vous êtes depuis 2 ans membre de l’équipe organisatrice du Festival Place aux Nouvelles. Quel est votre rôle dans l’équipe ?

Hervé Couton : Ancien membre de l’association Place aux Nouvelles, j’en assume aujourd’hui la présidence depuis le retrait de Jacques Griffault. À ce titre, je m’occupe d’organiser les réunions et assemblées de l’association, de suivre le planning préparatoire de la manifestation et de participer avec les autres membres à son organisation. Celle-ci travaille en étroite collaboration avec la médiathèque inter communale Pierre Sourbié de Lauzerte et l’association des Amis de la médiathèque ainsi que la librairie indépendante La Femme Renard de Montauban, animée par les libraires Caroline Berthelot et Nadège Loublier entourées d’une équipe très professionnelle.

Quel est le rôle de ces deux libraires ?

Les libraires de la librairie La Femme Renard sélectionnent les auteurs invités au festival en dehors des 3 auteurs en lice pour le prix  » Place aux Nouvelles » sélectionnés par le lauréat de l’année précédente.

Les libraires animent les rencontres de printemps des auteurs en lice, reçus successivement à la librairie, la maison d’arrêt (où certains détenus collaborent par correspondance au jury du prix) et la médiathèque Pierre Sourbié de Lauzerte.

Parmi les auteurs invités, nous essayons de recevoir un auteur étranger comme invité d’honneur, cette année l’auteur turc Nedim Gursel a été retenu.

Depuis quand existe ce festival ? Parlez-nous de sa genèse.

Le festival a été créé en 2005 par Jacques Griffault, propriétaire de la librairie Le Scribe (devenue depuis son rachat en 2011, la librairie La Femme Renard), à Montauban, en association avec la médiathèque intercommunale Pierre Sourbié de Lauzerte. Place aux Nouvelles est un festival centré sur la nouvelle littéraire.

Comment est venu au fondateur l’idée d’un festival sur la nouvelle ? Est-ce qu’il prisait particulièrement ce genre, qu’on dit plus en vogue dans les pays anglo-saxons ?

La nouvelle est un genre littéraire qui ne jouit effectivement pas encore en France du succès qu’il connait dans les pays anglo-saxons.

Place aux Nouvelles se propose donc de faire découvrir des auteurs de nouvelles, confirmés ou en devenir. Il prend la forme traditionnelle d’un salon littéraire mais avec deux particularités :

  • Le festival littéraire de septembre est précédé, durant le printemps, par les rencontres avec les 3 nouveaux auteurs dont le recueil a été sélectionné pour le Prix Place aux Nouvelles de l’année en cours.
  • Les rencontres sont organisées entre avril et juin et les auteurs sont reçus pendant 2 jours au cours desquels ils rencontrent le public de Montauban, de la maison d’arrêt et de Lauzerte.

Cette année, les auteurs en lice sont Tiphaine Hadet avec son recueil « Parlez moi de Simon » (ed. Ipanema), Hervé Mestron avec sa nouvelle « Cendres de Marbella » (ed. Antidata) et Leila Sebbar avec son recueil « L’orient est rouge » (ed. Elyzad) ».

Il s’agit, en amont du festival, de sensibiliser, en continu, le public au genre littéraire de la nouvelle.

Ainsi le public est-il assuré de découvrir chaque année des auteurs nouveaux tout en retrouvant certains déjà rencontrés lors des années précédentes.

Lors du festival, nous invitons également beaucoup d’autres auteurs , et cette année, ils seront 19! (programmation complète à découvrir ici). Eric Holder, Franck Bartelt, ou Marc Villard sont devenus par exemple, des fidèles du festival.

Lors de son déroulement des auteurs de nouvelles ou de BD (de forme courte) se succèdent – chacun disposant de 15 – 20 minutes – pour lire leurs nouvelles ou présenter leur ouvrage dans deux jardins proches de la place des Cornières. Ils participent aussi à des débats, rencontrent le public et, bien sûr, dédicacent des ouvrages.

Enfin le festival organise un prix jeunesse de la Nouvelle avec les élèves des classes de 4ème des collèges du Tarn et Garonne; cette année le thème est  » et si c’était vrai? ».

Marcus Malte sera présent cette année, un fidèle du festival

Est-ce le seul festival de nouvelles en France ?

Il existe aussi le salon de Lire sous les Halles à Decize qui se déroule en mai de chaque année.

Quel est l’attrait particulier de ce festival pour les auteurs et le public, selon vous ?

La forme conviviale dans laquelle se déroule le festival sur la Place des Cornières ou le public peut s’entretenir facilement avec les auteurs et les entendre lire leur nouvelle.

Chaque année 3 recueils sont choisis, et fait l’objet d’un prix remis le dernier jour du festival. La particularité de ce prix, c’est de permettre aux nommés de venir présenter leur livre en amont. Comment vous organisez-vous ?

Les rencontres sont organisées entre avril et juin et les auteurs sont reçus pendant 2 jours au cours desquels ils rencontrent le public de Montauban, de la maison d’arrêt et de Lauzerte.

Comment sont sélectionnés les 3 recueils de nouvelles ?

Ils sont sélectionnés par le lauréat du prix de l’année précédente qui reçoit de la part de la librairie les recueils de Nouvelles qui sortent.

Des grandes tablées pour faire connaissance avec les auteurs

Quelle est la fréquentation de ce festival ?

On peut estimer à 200 ou 300 visiteurs par an.

Que se passe-il pendant ces 2 journées ? Y a t-il des rencontres, des lectures ?

Installés sur la Place des Cornières, les auteurs signent leurs ouvrages, participent à des débats, lisent leurs Nouvelles pendant 15 à 20′ devant le public et certains animent des ateliers d’écriture adulte et jeunesse. Le festival se clôture sur la remise des prix au lauréat jeunesse pour sa nouvelle et au lauréat du recueil de nouvelles.

Que pensez-vous de la production actuelle ? J’ai remarqué au fil des années que les recueils sélectionnés émanaient de petites maisons d’édition, pensez-vous que c’est une des conséquences des choix éditoriaux des grandes maisons d’édition, que de délaisser ce genre ? 

Absolument, de ce fait, nous essayons de tisser des liens avec ces petites maisons en les conviant également au festival. Cette année nous recevons les éditions lunatique et les éditions Delphine Montalant.

Quel type de nouvelles préférez-vous ? Qu’est-ce qui vous séduit dans la nouvelle, par rapport au roman ? 

Des nouvelles longues ou courtes, avec ou sans chute, ce qui signifie que j’aime ce genre dans ses différentes approches. La nouvelle s’adapte bien à nos modes de vie actuels qui laissent parfois peu de temps pour la lecture. La Nouvelle est donc toute choisie pour s’évader dans des transports en commun, au moment de pauses professionnelles ou de détente en week-end.  La Nouvelle permet également de découvrir de jeunes talents.

Votre coup de cœur du moment (hormis la sélection de cette année) ?

Les jardiniers de Véronique Bizot.

Qu’est-ce que vous voudriez voir développer à terme, pour ce festival ? Plus d’invités ? La poésie ? la bande-dessinée ?

La bande dessinée, dans sa forme courte est déjà présente chaque année. Nous essayons d’introduire des formes courtes d’autres univers comme la musique ou le cinéma. Cette année une projection nocturne de courts métrages muets d’Harold Lloyd sera présentée.

Propos recueillis par Danièle Pétrès