si
si jusqu’à ce qui craque
si jusqu’au foin
la faux entre les dents
mais l’odeur du regain
la révolte des minutes
si
si ce qui persiste, tu dis
dans une table des nœuds
dans un pain la farine le chaume
dans une charnière des théorèmes Thalès Pythagore
une pomme est tombée
mais ça ne fait pas un livre
de minuscules dragons rient jaunes dans l’attrape-mouches
si nos avrils, tu dis
plouf la boue
plouf la flaque comme si
comme si rien l’aride
comme si rien de savoir
des gestes hantés aux ongles noirs
dans le museau des fantômes, une faim insoluble
tu tires une chaise le sol fait ses bruits d’orage
tagues le silence de tes respirations
ta voix, une cascade fin septembre
ne cherche plus ne sait plus
couler
à l’angle ça sèche c’est brun
c’est fort c’est (bizarre, en fait)
mets-y ce que tu veux
des vieux dans des corbeilles
des noix des herbes des champignons
la bogue des mois qui pique
je prendrai ce qui reste
le ciel entre les planches
tu dis, et cette étrange lumière
ni souhaitée ni à fuir
la fenêtre que câble la box de la stalle
haut-début des refuges
ça gratte le sablier
ça fibre un autre lin
l’épaule pleine de puces
une archive parmi d’autres
j’ai toujours cru que la mémoire était un verbe
au présent composé
sur la table je longe une veine ses tatouages de froment
ici ça sèche ça nano desquame mais
ici ça tient d’une foi de sève
la cascade en vacances à l’océan
ses cartes postales dans la boite aux êtres
couler, ça sait que ça sait
couler
tu dis, comme le vent
et c’est, comme le vent
aimer mais sans visage
ce qu’on ne peut pas tricher, on trinque à la mousse
cul sec la forêt son ivresse de légendes ses perspectives hors cadre
qu’a donc fait dehors pour mériter
une porte fermée
tu dis, entre dans une histoire et jette ses promesses
si les gonds grincent et rient c’est qu’ils te reconnaissent
tous, on est
tous la grange de quelqu’un
un pays de poutres et de seuils
je t’ai apporté une cabane
parce que les fleurs c’est périssable[1]
tu peux ouvrir avrils
et les laisser couler
[1] – Extrait de la chanson Les bonbons de l’album Mathilde, Jacques Brel, Barclay, 1963