« Bagarre », de Emilia Petrakis : apprendre à tirer le fil d’une histoire

Emilia Petrakis a suivi la formation roman d’Aleph-Écriture en 2024 et revient ici sur la genèse de son livre. Bagarre est le premier roman d’Emilia Petrakis, paru en 2026 aux éditions Les Avrils. Une histoire qui a pour cadre le milieu du MMA (Mixed Martial Arts), mais qui est avant tout une « histoire de dépassement de soi à travers le sport et aussi sur les liens qui nous unissent, amicaux, familiaux ».

L’Inventoire : Votre livre est paru en 2026, et vous avez rencontré votre éditrice à la Journée des éditeurs d’Aleph-Écriture en 2024. Comment s’est passée cette présentation ?

Emilia Petrakis : Pour la Journée des éditeurs, j’avais présenté un manuscrit intitulé Un Roman grec sur lequel j’avais travaillé pendant deux ans environ, une histoire de filiation entre un père et sa fille et d’exploration des racines entre la Grèce, la France et l’Irlande. La présentation s’est très bien passée et Lola Nicolle, une des éditrices des Avrils était présente. Elle a lu le manuscrit et m’a fait des retours très pertinents même si le projet ne correspondait pas à ses attentes.  Elle m’a proposé que je la tienne au courant si j’écrivais sur d’autres sujets notamment sur le MMA, un sport que j’avais dit pratiquer et sur lequel j’avais envie d’écrire un jour. Ça a été un peu un déclic, comme une invitation pour me lancer dans l’écriture sur ce thème. Je voulais aussi laisser l’autre manuscrit de côté pour y revenir autrement, plus tard.

L’I : Pourriez-vous nous raconter l’histoire développée dans ce roman ?

EP : C’est l’histoire de Sara, une combattante professionnelle de MMA en fin de carrière, qui perd un combat important pour elle. On comprend assez vite qu’elle est à un moment particulier de sa vie sur le plan personnel et que son père à qui elle ne parle plus depuis des années vient de faire un AVC. Le temps d’une saison sportive, on va suivre son évolution, ses entraînements, la vie dans son club et ses questionnements. Dans le même temps on rencontre Amandine, une adolescente qui découvre la pratique du MMA en loisir et apprend à prendre confiance en elle. C’est une histoire d’empouvoirement, de communauté, de dépassement de soi à travers le sport et aussi une histoire sur les liens qui nous unissent, amicaux, familiaux, etc.

L’I : Vous pratiquez le Mixed Martial Arts en compétition amateure, un combat ultraviolent (vu de l’extérieur en tous cas). Pourquoi le pratiquez-vous et pourquoi avoir développé une histoire autour de ce sport ?

EP :  À travers ce roman, je voulais justement donner à voir la réalité du quotidien d’un club de MMA, des différentes personnes qui le pratiquent, des combattant.es pro aux débutant.es, loin des feux des projecteurs ou de l’image viriliste et ultraviolente, montrer la complicité, le soutien qui est présent, la communauté et le partage qui se créent autour de ce sport ou des sports de combat en général. Donc c’était vraiment pour essayer de casser les clichés sur le MMA et prouver que c’est aussi un endroit pour les femmes, où elles peuvent s’épanouir et s’émanciper.

L’I : Pourquoi l’héroïne cherche-t-elle la bagarre ? Est-ce une métaphore de la vie des femmes ?

EP : En effet, j’avais envie de déployer la métaphore de la bagarre que l’on mène dans la vie, montrer que certains des combats les plus durs de Sara, d’Amandine et des autres personnages sont en dehors de la cage, montrer aussi qu’il y a plein de manières de se battre. Je voulais aussi montrer que la violence ne se loge pas toujours là où on le croit.

L’I : Quelle a été la difficulté principale que vous avez rencontré en écrivant ce roman ?

EP : Le principal enjeu était de réussir à écrire une histoire qui puisse parler à des lecteurices qui ne connaissent rien au MMA ou qui auraient des a priori négatifs sur ce sport. Car au fond, le MMA est juste le cadre du roman pour écrire sur les liens humains et les batailles qu’on mène dans la vie, des sujets qui nous concernent toutes et tous.

L’I : Et l’irruption de la femme plus jeune, Amandine, quel rôle a-t-elle dans l’intrigue ?

EP : Je voulais à la fois confronter différentes générations de femmes et voir comment elles pouvaient se faire grandir mutuellement mais aussi apporter un personnage qui ait une pratique novice du sport et que les lecteurices puissent plus facilement s’identifier à son expérience de découverte du MMA.

L’I : Vous écrivez aussi de la poésie, avez-vous déjà publié vos textes ?

EP : J’ai publié ma poésie dans des revues et j’en lis régulièrement sur scène dans des soirées poétiques et scènes ouvertes à Paris. La poésie a nourri mon écriture dans le travail du rythme, des sonorités, pour aller chercher un aspect sensoriel de l’écriture qui puisse donner à ressentir l’effort, la tension, la peur, la transpiration…

L’I : Qu’avez-vous pensé de la Journée des Éditeurs ?

EP : C’était une expérience très intéressante, à la fois d’écouter les autres projets et de devoir présenter le mien, même si le manuscrit présenté n’a pas abouti, cela m’a permis de rencontrer mon éditrice actuelle !

L’I : Comment s’est passé le lancement de votre livre ?

EP : J’ai eu la chance de pouvoir faire un lancement du livre dans mon club de MMA et de faire participer certains de mes coachs et camarades d’entraînement aux lectures. C’était très émouvant comme moment.

DP

Bagarre, Emilia Petrakis, éditions Les Avrils, 2026