La Pinturitas : une fresque existentielle

Depuis 2000, chaque jour de l’année, María Ángeles Fernández Cuesta, dite « La Pinturitas », crée un environnement d’art en couvrant de peintures tous les murs d’un restaurant abandonné à la sortie d’Arguedas, petit village espagnol de Navarre accroché au désert des Bardenas.

Alors qu’ils sillonnaient les routes de Navarre lors d’un congé estival en 2009, Hervé Couton et sa femme découvrent au détour d’un carrefour cette immense fresque à ciel ouvert. Ils s’arrêtent, parlent à l’artiste, et se lient d’amitié avec elle.

Dès lors, ils reviendront chaque année, et Hervé Couton photographiera l’évolution de cette peinture murale en perpétuel mouvement.

En 2016, le photographe décide d’en faire un livre, après un long travail auprès des institutions représentant l’art brut, pour faire découvrir cette artiste. Ce livre, sobrement intitulé: « La Pinturitas » vient de paraître aux éditions Alpas, en français, espagnol et anglais. Il constitue à la fois l’histoire de cette rencontre et la mémoire de près d’une décennie de la vie d’une œuvre en devenir. Hervé Couton revient ici sur la genèse  de ce projet :

 « En 2010, j’avais été surpris de constater que les peintures et dessins photographiés en 2009 avaient pratiquement tous disparu dans leur forme originale, parce que modifiés, enrichis de nouveaux apports ou encore simplement effacés, pour permettre l’ajout de nouvelles formes. Le phénomène s’est renouvelé en 2011 et, chaque année, on peut assister in situ à une « nouvelle exposition » de son travail qu’elle prend soin, tel le guide de son propre musée, de décrire et d’expliquer en détail avec une réelle passion.

Rien n’arrête cette créatrice infatigable qui s’applique, hiver comme été, à transformer, enrichir, embellir et restaurer avec attention et passion ses peintures à l’eau que la pluie délave régulièrement sur les murs extérieurs. Dans cet acte de suppression et de renaissance de l’œuvre, on est confronté à la création absolue dictée par une force créatrice au service d’un besoin intérieur, seule préoccupation de María Ángeles Fernández Cuesta ».

Dans cet ouvrage, Hervé Couton met en lumière l’oeuvre de cette créatrice infatigable grâce à ses photographies, son témoignage, et les textes de Laurent Danchin (1946 – 2017), critique d’art et spécialiste d’art brut, « outsider » et singulier, Jo Farb Hernández, professeure d’histoire de l’art et directrice de la galerie d’expositions à l’université de San José en Californie, commissaire, auteur, et directrice de « SPACES » une association qui identifie, documente, et œuvre pour la défense des environnements d’arts « outsiders », et Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l’Art Brut à Lausanne.

Avec une belle clarté, la chronologie des fresques en restitue la vie en constant devenir. Les nombreuses illustrations sont servies par une qualité d’impression remarquable.

Un travail de Sisyphe aussi poignant qu’éblouissant, qui laisse les passants (et les lecteurs) fascinés, devant l’incroyable vivacité d’une vaste fresque existentielle toujours à recommencer… qui n’est pas sans faire écho à nos propres destinées.

Bien que ce livre soit distribué dans la plupart des institutions dédiées à l’art brut, le plus simple pour se le procurer est de contacter l’éditeur par mail: lesamisdelapinturitas@yahoo.fr

« La Pinturitas », d’Hervé Couton. Ed. Alpas (160 pages – 200 photographies -35€).

 

Danièle Pétrès

Partager

libero id venenatis justo sit in amet,