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Photo: DP / Le Lieu du Design

Christine Dessaux-Lepointe, poète, lauréate du grand prix des poètes lorrains 2008, collaboratrice des Editions Gelbart, nous parle de son premier atelier d’écriture poétique mené sur la Toile. Dernière parution : Festina lente (Editions le Solitaire, 2010).

9 : un chiffre bien rond… neuf prénoms s’égrènent sur l’écran de mon ordinateur.
huit femmes et un homme forment donc la liste de mon premier atelier d’écriture par e-mail.

Cet afflux m’enthousiasme, me donne un élan ; élan tout de même teinté d’anxiété à l’idée de conduire un groupe composé d’individus inconnus ; vas- tu apprivoiser sans aucun problème ce réseau de fils tendus à tous les coins de France et d’Outre-mer ?
Comme une araignée agile, petite ouvrière discrète qui travaille à son ouvrage, je m’immobilise, perplexe devant le défi : tout sera contenu, classé, rangé dans le petit disque dur de mon Mac OSX Leopard ; la concentration de l’araignée couplée à la vitesse du léopard devraient aider à relever ce nouveau défi.

Chacun va t-il bien maîtriser son outil informatique, à commencer par moi ? OUI ! Commençons par ouvrir le champ des possibles, dans le sens du meilleur ! En même temps, je fais mon petit film… film muet : pas de visages, pas de poignées de main, pas de voix, qu’elle soit perchée, timide ou autoritaire, pas de sourire ou de regard inquiet, pas d’infos sur les origines des uns et des autres, pas de salle de réunion, pas de café à offrir… une avalanche de vieux repères à oublier, classons les souvenirs ! Dorénavant, le premier RV a lieu sur mon écran 17 pouces, espace ô combien réduit par rapport à une salle de réunion choisie avec soin, et dans un intervalle de 24 heures, temps ô combien allongé face aux horaires du passé ! L’araignée assouplit ses articulations, la gymnastique, c’est bon pour le corps et l’esprit.

400_img_09Les premiers échanges s’organisent autour d’une demande liée à la bonne réception des documents : les uns derrière les autres, ils s’affichent, dans la boite de réception attendant d’être ouverts.
D’un simple « Bien reçu, à bientôt ! » à des messages plus bavards indiquant le plus souvent le plaisir de l’expéditeur à entrer dans l’atelier : pas un simple hochement de tête, non, mais derrière les mots, un sourire et déjà je perçois ici une timide, là un pressé, ou encore un vif désir, une poignée de main qui illumine l’écran et humanise la première étape de l’aventure à venir.

Une semaine plus tard :
En réalité, moins d’une semaine plus tard, un premier texte, (impatient ?), arrive avant l’heure sur la toile, destiné donc à chacun de nous. Celui d’Elisabeth, ah ! Mais laquelle, Elisabeth H ou Elisabeth D ? Tâcher de ne pas les confondre. Pas de visage, pas de timbre de voix, pas… pas… bien graver les noms et tout ira bien.
Donc premier texte, première lecture ! Il arrivait parfois, en atelier présentiel, que l’un ou l’autre se précipite pour lire son texte avant tous les autres, avouant « comme ça, je suis débarrassé. » mais là ??? La petite enveloppe sur l’écran ne m’a rien dit sur l’état supposé de l’auteur : de sa satisfaction d’avoir écrit ou de son anxiété ; rien ne tremble devant mes yeux, chaque mot se tient bien droit, aucun d’entre eux ne trahirait quoi que ce soit d’une éventuelle fébrilité de la main qui a saisi les caractères sur le clavier.

Puis, en 24 heures, me parviennent tous les textes, certains signés, d’autre pas … autre indice, pensé-je, … signature, équivalent de quoi en atelier présentiel ? Au grain de la voix ? à l’implication ? Foutaises, me dis-je !
J’ouvre donc les pièces jointes, m’attache à les enregistrer puis à les imprimer. Les polices ne sont pas si différentes, pas de quoi en savoir davantage sur les tempéraments !
Mais une certitude : une grande tâche m’attend, lire, relire, noter, questionner, fouiller, farfouiller les neuf poèmes, créer à chaque fois un miroir, celui d’une lectrice plus ou moins chevronnée, plus ou moins habile ; miroir dévoilant mon regard, ma sensibilité, ma façon d’aller au-devant des mots de mes poètes apprentis inconnus, goûter leurs phrases, les interroger, les entendre, peser les mots, en faire le tour, passer derrière… Serai-je juste, bienveillante et rigoureuse à la fois ?

La page blanche document Word prend tout ce que je lui dicte, puis je relis, soupèse, ajuste…

Bientôt, ce seront eux qui me liront et ressentiront plaisir, étonnement, déception…
Ce sont eux qui éprouveront des sentiments à mon égard, à travers mes retours…

Jeu de dévoilements progressifs !

La lumière crue du jour trace des rais sur le mur face à moi, comme l’araignée étoile ses fils.
Avec ardeur et sans se poser de question !

Christine Dessaux
Aleph Midi-Pyrénées

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