Galerie Polka : moments non retouchés d’une vie à peine sèche

L’exposition « Vertige des jours » à la galerie Polka se tient jusqu’au 12 septembre rue Saint-Gilles à Paris. Ce projet a été lancé par la galerie pendant les derniers jours du confinement, en proposant aux artistes qu’elle représente de répondre à la question  : « Comment voyez-vous le monde de demain ? »; qu’ils habitent à Paris, Tokyo, New York, Florence, Londres ou Biarritz.

« Vertige des jours » rassemble ainsi dans un présent photographique quelques images du passé (comme celles de Meyerowitz, William Klein, The Anonymous Project, Janine Niépce, ou Marc Riboud) et beaucoup d’images d’un présent récent, prises par des photographes aussi différents que Claude Nori, Nicolas Comment, Vincent Delerm, Kosuke Okahara, Sze Tsung Nicolas Leong, Reza, pour ne citer qu’eux. La particularité de cette exposition est de mettre en regard une image choisie par l’artiste avec un texte écrit par lui expliquant les raisons de son choix.

Claude Nori. Anglet, Pyrénées-Atlantiques, 7 mai 2020

Joakim Eskildsen. Lines and balls, 2020

Dans ces photos et les textes qui les définissent est finalement abordée la question de ce que l’on voit au plus près (comme cette petite fille que son père prend en photo lors de sa première sortie en s’interrogeant sur son avenir), ou ce qu’on retient de l’expérience du confinement (comme ce surfeur bloqué à Biarritz dans son camping-car, dont les possessions et les besoins sont réduits à leur plus simple expression).

Nicolas Comment. L’avant-veille, Porte de Courcelles, Paris, 10 mai 2020

D’un côté on rêve d’un monde plus léger, moins matériel, de l’autre, on s’inquiète de la croissance des inégalités dans le monde qui vient, on redoute, ou on s’émerveille d’une nature retrouvée. Pourtant toujours, c’est la cellule la plus proche, famille, bout de terre ou de ciel adjacent, qu’on choisit de montrer.

Événement planétaire et individuel, ce premier confinement aura placé chacun face à lui-même, et à un questionnement souvent prématuré autour d’un bilan de vie qu’aucun n’avait sollicité.

S’en dégagent des images souvent légères et des textes empreints de gravité. Une grande sincérité et des moments non retouchés d’une vie à peine sèche, accrochée sur les cimaises de l’espoir. L’espace de la galerie est encore ouvert pendant une semaine.

Danièle Pétrès

Pour découvrir comment travailler les relations entre textes et images, Françoise Khoury animera à partir du 2 novembre au 8 mars pour Aleph-écriture, 2 cycles « Écriture et photographie ».

QUELQUES TEXTES ACCOMPAGNANT LES PHOTOGRAPHIES

Sze Tsung Leong. Playa del Rey, Californie, États-Unis, 10 mai 2020

Sze Tsung Nicolas Leong : « Alors que le confinement s’assouplissait à Los Angeles, où je vis, deux amis m’ont appris qu’il se produisait un très rare phénomène de bioluminescence dans l’océan : des micro-organismes émettent de la lumière la nuit, teintant les vagues d’un bleu éthéré et brillant. Voir quelque chose de si extraordinaire et mystérieux, après avoir été cloîtré si longtemps, m’a rappelé l’immensité du monde. C’était un instant au-delà de l’artificialité et de la myopie de nos constructions sociales : les frontières, les discriminations, les préjugés ».

Reza Exposition collective « Vertiges des jours ».  À la croisée des chemins, Roumens, Haute-Garonne, 1er juin 2020

Reza :  « Ils sont serrés l’un contre l’autre dans leur amoureuse tendresse, dressés face à leur destinée, aimantés par un espoir sans fin en d’autres lendemains. Leurs corps sont unis, pétri du fer broyé d’armes de guerre du passé. Ils sont les amants complices et inaltérables d’acier aux rondeurs de l’amour. Et s’il ne restait que cela : le courage, le partage et l’amour comme seules réponses à l’inexorable ? »

Claude Nori : « Cette crise nous fait réfléchir à la façon dont nous pourrions vivre autrement. Certains auront peut-être le courage de quitter cette course folle pour vivre plus apaisés, en possédant moins de choses, uniquement ce qui est nécessaire au bonheur. Comme ce jeune Suisse, resté bloqué au Pays basque. Il a sa bouteille de bière, il ira probablement surfer » (Anglet, 7 mai 2020).

Joël Meyerowitz : « J’essaye de photographier tout ce qui traverse les idées. C’est assez optimiste en fait. J’ai toujours pensé que la photographie était une forme d’art positive. Chaque fois que j’appuie sur le déclencheur de l’appareil, je dis « oui » à quelque chose que j’ai vu, quelque chose qui m’a éveillé. Même confronté à des désastres et des fléaux, on doit chercher les qualités positives qui nous donnent l’énergie de continuer ».

The Anonymous project

eget risus. massa lectus porta. tristique Aliquam consequat.