Atelier pour tous : « LE TEMPS DES MAISONS » / Semaine 8 (dernière !)

Depuis deux mois, L’Inventoire et Aleph-Écriture vous ont proposé un rendez-vous hebdomadaire dans cette période inédite pour écrire, rêver un peu. Dans un esprit de partage, tous les textes reçus ont été publiés, soit environ 350 textes et 350 dessins, collages ou photographies. Nous vous remercions pour votre engagement dans l’écriture, et l’incroyable qualité et variété que nous avons découverts à travers ces textes, et ces images toutes réalisées avec passion.

J-3 avant (on l’espère !). C’est le moment de publier le dernier appel à textes avant de retrouver notre Atelier Ouvert habituel dès le 18 mai !

Aujourd’hui, notre appel à textes et dessins vous est proposé par Marie-Pascale Lescot autour du thème :

« À table ! »

Dans notre odyssée des maisons, il est temps à présent d’aller faire un tour en cuisine ! Certains diront que, même modeste, elle en forme le cœur discret. La confection des plats nous occupe (ou nous irrite !), la nourriture nous réconforte, les repas nous rassemblent (pour le meilleur et le reste). S’il est un romancier qui a poussé loin l’art de faire saliver le lecteur, c’est bien Manuel Vázquez Montalbán. Son privé barcelonais Pepe Carvalho, gourmet autant que cuisinier, nous sortait régulièrement du lit au milieu de la nuit pour, faute de mieux, se préparer une assiette de coquillettes-gruyère. Pepe, lui, mange à pas d’heures, seul ou en compagnie, mais toujours les papilles et l’esprit en alerte. Par exemple, dans « Les oiseaux de Bangkok » (10/18) :

Carvalho jeta les spaghettis dans l’eau bouillante salée et tandis qu’ils cuisaient il commença à faire frire les saltimbocas. Il mit le four en marche pour y tenir au chaud la viande ; puis il goûta un spaghetti. Les dents le sectionnèrent sans l’écraser et son palais nota la saveur de la farine lorsqu’elle est sur le point de dérober l’arôme de la céréale. Ils étaient à point. Il jeta l’eau chaude et ajouta à la sauce deux jaunes d’œufs qu’il battit avec tout le reste. Il versa la sauce sur les spaghettis fumant et à l’aide d’une cuillère et d’une fourchette il fit monter et descendre les filaments, chevelure onctueuse qui s’imprégnait de l’ivoire de la sauce. Fister déboucha les bouteilles de vin, ferma les yeux pour que ses narines aient toute la faculté possible d’aspirer l’arôme du plat.
– Porca miseria !
Fuster se mit à chanter la romance de Cosi fan tutte.
– Mets un disque qui aille bien avec le menu.
Carvalho mit Veles e Vents, un poème d’Ausiàs March mis en musique par le chanteur catalan Raimon.
– Remarquable. La symbolique de la mer et des vents, le risque du destin ; il n’y a rien de plus en accord avec ces spaghettis à la… Comment dis-tu qu’ils s’appellent ?
– A la Anna-Lisa. C’est un nom beaucoup plus précis que « Bonne femme », par exemple.
– Les mauvaises femmes ne cuisinent pas.

Que faire ? Pour qui ? Avec quoi ? La cuisine, c’est toute une succession de temps, l’avant, la préparation, le repas, l’après repas ; c’est aussi toute la batterie des sens, l’odorat, le goût, le toucher…

Je vous propose d’écrire sur un plat que vous avez confectionné dernièrement, à partir d’un ingrédient et/ou d’un souvenir. À la manière des spaghettis à la Anna-Lisa, le texte mettra nos sens en éveil. Puis vous photographierez ou dessinerez ce qui ira avec (la cuisine, le plat, les ingrédients). Envoyez-nous votre texte de 1000 signes en tout maximum, espaces inclus, et l’image qui l’accompagne à l’adresse: contact@inventoire.com. Vous avez jusqu’au 14 mai pour le faire !!

PS : et si l’on reparle de Montalban, c’est que, bonne nouvelle, l’écrivain espagnol Carlos Zanon a repris le flambeau avec « Pepe Carvalho. Tout fout le camp » (éditions du Seuil, « Cadre noir).

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