Écrire à partir du roman d’Erri de Luca « Le tour de l’oie »

Cette semaine, Laurence Faure vous propose d’écrire à partir de l’ouvrage d’Erri de Luca « Le Tour de l’oie » (Gallimard, février 2019).  Envoyez-nous vos textes (*) – un feuillet de 1500 signes maxi- jusqu’au 24 septembre à : atelierouvert@inventoire.com.

(*) La version de votre texte doit être envoyée sous Word ou l’équivalent et mentionner votre nom en haut de page – nous n’acceptons pas de fichier PDF.

Extrait

« Portons un toast aux racines qui ont traversé les océans pour faire des vagues dans nos verres.

Je bois aussi aux souvenirs de toi que je n’ai pas eu, à la santé de ta mère que je n’ai pas connue.

La troisième gorgée va au souvenir du baiser numéro un à la fin de l’été 1964. J’étais emprunté, au point de le demander par écrit, je n’aurais pas pu de vive voix.

Elle avait quatorze ans elle aussi, elle a dit oui, un bref rendez-vous dans une pièce. C’était l’après-midi, les volets fermés, les cigales en chœur. Elle m’attendait debout au milieu de la salle à manger.

Je me suis approché les bras raides comme un soldat à la parade et je me suis arrêté devant elle dans un garde à vous qui manquait de tenue.

Pas assez près, mais maintenant, je m’étais arrêté et faire un pas de plus pouvait frôler le ridicule.

Dans mon nez montait le parfum chaud et intense de ses cheveux lavés et séchés au soleil. Elle me regardait, elle attendait. Je tendis le cou, ça ne suffisait pas. Je continuai de m’étirer, perdis l’équilibre et tombai sur ses lèvres dans un atterrissage d’urgence. Elle fit contrepoids, elle me retint.

Puis elle se détacha, elle ne rit pas.

C’est ce qui me permet de m’en souvenir encore : elle ne rit pas.

Sinon je l’aurais fait voler en éclats ce souvenir, je l’aurais dispersé en mer. »

Proposition d’écriture

Situation

Un homme, un soir d’orage, alors qu’il lit Pinocchio, assis à sa table avec une bouteille de vin, décide de s’adresser au fils qu’il n’a pas eu.

La préface, courte, invite dans l’ombre à l’intimité de la lumière et pose le décor : « C’est un soir sans électricité, la foudre l’a éteinte, comme un rugissement fait taire un moineau. La flamme de la cheminée éclaire la table à manger tandis que j’allume la bougie. »

Et puis, dès la page tournée, le texte démarre sur cette adresse singulière : « Je ne sais de quelle mère tu pouvais venir au monde, fils que je ne peux dire mien ». Suivent les phrases suivantes : « Ce soir tu es présent, c’est à toi que je parle » et « Tu es adulte, je ne sais pas comment tu étais avant ». Nous voici, nous les lecteurs, en train de recevoir ces mots dans la lumière vacillante d’une bougie et d’un feu de cheminée et d’écouter, silencieux, ce qui se confie.

À ce fils qu’il qualifie d’étranger, le narrateur donne toutefois une année de naissance, liée à une chronicité familiale. Et au fur et à mesure qu’il raconte à ce fils/apparition – souvenirs, combats, questionnements -, celui-ci va prendre consistance, se mettre à parler, tant et si bien que des échanges s’installent.

Le nouveau livre d’Erri de Luca, bref et dense, est à lire comme on regarde un feu : hypnotisé, surpris et aux aguets devant cette intimité mystérieuse. Le narrateur y semble si proche d’Erri de Luca lui-même. Chaque ligne, « à lire entre deux battements de cils », s’adresse au lecteur, d’abord comme à un fils puis comme à un témoin des échanges, et l’interroge sur ses propres chemins en filiation.

Au début, l’homme seul, emporté par ses souvenirs, décide de porter un toast, celui que vous venez de lire (p.33-34), d’abord à ce fils qu’il n’a pas eu, puis à sa mère qu’il n’a pas connue, et au souvenir du premier baiser qu’il a donné…

Je vous invite à écrire ce texte en deux temps et donc deux paragraphes ou deux parties.

• Premier temps

À vous d’imaginer : un homme, une femme, seul-e ce soir-là, et qui voit apparaître un ami ? Un parent ? Un enfant ? Qu’il aurait pu avoir mais qu’il n’a pas rencontré et qu’il a « créé ».

Imaginer tout d’abord le lieu et un temps, comme dans l’extrait de la préface du livre, qui nous donne en deux lignes les grandes lignes : où ? Quand ? Qui fait quoi au tout début ?

Commencez votre texte par la formule : « C’est un soir sans…»

• Second temps

Ce n’est pas la première fois que cette apparition est là. Mais ce soir-là, votre narrateur décide de porter un toast par trois fois, lui aussi pour fêter l’apparition. À qui s’adresseront les deux premiers toasts ? Et quel souvenir de première fois viendra ensuite, pour le troisième ?

Commencez votre texte par : « Portons un toast…»

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